...Nul ne resplendira après la nuit qui lapida le Dieu et je suis frappé, aussi solitaire qu'un artisan sacré, par le soleil... - Dylan Thomas
...Nul ne resplendira après la nuit qui lapida le Dieu et je suis frappé, aussi solitaire qu'un artisan sacré, par le soleil... - Dylan Thomas
lettre à Christian-Edziré
Je te laisse sans nouvelles ! c'est qu'il ne se passe rien. Dans tes derniers envois j'ai particulièrement apprécié (versant musical) le Cat's Blues et Johnny Shines, que je connaissais pas du tout, et qui joue vraiment le blues que je préfère (mon chat Grichka est d'accord avec moi : il aime beaucoup écouter Johnny Shines, beaucoup plus encore que le Cat's Blues !). ET Klara Würtz, qui donne une interprétation étonnante des variations Goldberg. C'est surtout (je crois) que les sons prennent une consistance et une vie particulières. J'écouterai quand je pourrai l'intégralité du disque.
Sinon, j'ai rencontré il y a quelques jours un garchon que je n'avais pas vu depuis cinquante-huit ans et qui dirige une association culturelle à Berck. Nous avons longuement parlé, Olivier était là. Ce garchon ne nous a pas laissé beaucoup d'espoir pour le subventionnement même partiel de mon dictionnaire du picard de Berck par la municipalité berckoise.
A
ce propos, la revue que je vous ai signalée, à Olivier et à toi, consacrée
entièrement à Marceline, et à laquelle Jean Vilbas collabore, risque de ne plus paraître : la ville de
Douai lui ayant retiré son aide ! Tu verras ça dans le texte éditorial. --
Marceline a été traduite en russe, toute une anthologie, en 2018, et elle était
au programme de l'agrégation l'année dernière ou il y a deux ans, ça n'est pas
rien ! Mais la France sombre dans l'inculture, même la haine de la culture, ses
"élites" en tête, évidemment !
Nous partons maintenant chez un ami russe, Dominique et moi, pour fêter la
déconfiture du milieu politico-médiatique à l'occasion des élections
américaine. La bouteille de vodka nous attend.
On t'embrasse bien
Ivar
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Réponse à Ivar Ch'Vavar
Min Caùmarate
Pour réponse, là, je te transmet la vision d'un document que j'ai trouvé, ramassé dans une caisse et sauvé, destinée aux encombrants, sur un trottoir du centre ville de Douai, devant une boutique de secondes mains.
Donc parmi des invendus dont les destinées sont de terminer aux ordures, un poème en picard dousaisien de Marceline Desbordes-Valmore.
Tout est dit, non ?
Nous vivons une époque extraordinaire !
Ej' vo's inbrache aveucq forche, Dominique pi ti.
Chl'Edziré.
Louis. F. Dechristé de Douai (1818-1896), imprimeur, écrivait des chroniques dans une gazette de Douai, par la suite, ces chroniques sont publiées dans un ouvrage en trois tomes "Souv'nirs d'un homme d' Douai dé l'paroisse des Wios Saint-Albin, aveuc de bellés z'images, croquis historique en patois douaisien" par L. D. Dechristé ; il a également écrit d'autres livres en français, notamment sur Douai pendant la révolution française.
Louis. F. Dechristé était membre de La Société Liégeoise de Littérature Wallonne ; avec Marceline Desbordes-Valmore et Théophile Denis, il est l'un des auteurs majeurs en picard douaisien dont l'on peut dire qu'à la lecture à haute voix que le picard résonne clair comme le carillon de sa ville natale, cité de Gayant.
Christian-Edziré Déquesnes.
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[...] À propos ! in parlant d'tout cha : Quoche que chet, à no' hôtel d'Académie, de ch'tiot bâtimint qui n'y à doite din chés rues tout près pou tourner pa l'rue de l'Comédie ?... Y n'y in a qui dittent comme cha : - Chet l'loge de ch'portier ; un aute : - Chet un parloir ; un aute : - Chet ch'l'indrot dù qu'un mettra chés cannes et chés parapluies, comme quand qu'un inte à ch'Muséum ; un aute, aute cosse... - Tout cha, ch'ét possibe, mais j'n'in sais rien, et un m'frot bin plaisi d'tirer cha au clair... [...] - Extrait du tome 2, paru en 1857, de Souv'nirs d'un homme d'Douai de l'paroisse des Wios-Saint-Albin.
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[...] Dechristé a écrit en prose, mais il est bien plus poète que la plupart de nos versificateurs ! Par chance, il l'ignorait, semble-t-il.- S'il l'avait su, sans doute eût-il "composé des poèmes" et se fût-il, pour cela, quelque peu rogné les ailes... Nous ne connaîtrions pas, en tout cas, cette prose délicieuse, l'une des plus déliées, des plus élégantes que nous puissions lire en picard... il écrivait au fil de la plume, sans prétention littéraires affirmées et cela donne à son style un naturel, une fraîcheur qu'aucune rhétorique ne vient gâter. - Avec cela, la phrase est picarde ! [...] Il y a en Dechristé un Aloysius Bertrand débarrassé de l'écriture "artiste", un Desrousseaux sans la fatigue de la rime et du refrain (ces piétinements), une Marceline Desbordes Valmore sans sanglots dans la voix, un Alain-Fournier qui n'aurait pas eu la prémonition de l'anéantissement brutal de son rêve, un Gérard de Nerval sans la mélancolie...
la qualité poétique de l'oeuvre de Dechristé nous a paru assez remarquable pour que nous tenions à la faire sentir à tout prix. - Ajoutons qu'un seul écrivain, dans l'histoire des lettres picardes, devait retrouver cette veine et l'exploiter avec une subtilité égale : Géo Libbrecht*:*.
Ivar Ch'Vavar - Extrait de LA FÔRET INVISIBLE au nord de la littérature française le picard - paru en 1985 aux éditions Trois Cailloux.
*Géo Libbrecht de Tournai (1891-1976) est l'un des poètes majeurs, si ce n'est le poéte majeur, du renouveau de la poésie picarde belge.
Lucie
à ‘p plaje (picard de Berck)
1.
Oùstoùt, li i ll’aù vu, solé. Li preunme. I s’épiènnhe, i s’ébreulhe, li aviuke, i Prind sn’éscar ed gairgoènne ! – o wét s’loutchète.
Ale ét laù — ës’n orteu su ch’règhe intàr Ech fu d’déwor — pi ch’brun d’inndin :Éle ale ét laù granne, hœte come é’s ciél.
Os sranmes dés
puches-ed-mér inchpèes à sœtir, ô cui ! Ô cui pou’c camuché, sroét-ti qu’nos zius — N’sroét-ti
qu’no eulh. — Ô, boin rincuin.
Os juanmes é-pi os jouglanmes — su ché’g granne plaje Oz àrbéyanmes ech doù l’amérie. Cri.anmes no cri D'cachouris dech lu. Éclichès d’àgulhes ed plézi.
Os mouchlinanmes é’s sape, maflès d’:ète djè. Ech Mélliton dech solé i érifloét chéle lènnhe d’œrèlhes. Tchi à ‘m mér, din l’ondeur si boènnhe,
Pa-dzou ch’vinte balichè dë zz’émiœlètes — qué émeute Ed pri:éres ! oh ! kmint qu’chés couleurs i flayoè't' ! Ech dé’s ciél i inpourprindoét ch’bleu dé’s
Ciél —. Ghérblès d’ér, oullonnès d’leumiére, eule bénite, Ché'c caleur nouz avind duska chl’où — noz arons I glich’të yon sur l’œte din l’afale
Dech’l eure — i lù frot’t’ pi i lù toulh't'. Su chl’Ésplanade o wét chés wétures cœdes, milantes, Silinche ed brouits ; chés patarafes i inwè’t’ lùz àrfléts.
:Éle, ed d-u qu’a’s s’a rassatchè, pair Qué coùlidor brun qu’ale airaù suit dazant-dodayant - Pair qué éstcheusse, qu’d-é’v vlaù, piole ed somé ?
2.
Ô, djife d’ayoùt, soèe d’chire, tcheur tirali — Lucie, crinkbie ed nos nuits, nèche ed noéréts, Lucie, Rojin d’pichoé, raindjie d’boubes, miloé pérse, ti —
T’é dsu ch’poé — tu foé
ch’poéyache — In fitu d’solé din tn’eulh — reulhe, bluke Ed
no déchnimint — qu’os sanmes tcheudus dinn un
Lincheu d’iode — qu’os
bréyons din chés takes D'onpe dé’s sape — ô, égvilhes aviukes — insùvlichmint, ti, Inglutichmint — ch’n’ét qu’dés miroulhes leu.ates
Qu’tu nous doraù ack
ët’ pàrzince — rincuinèe ët Pàrzince pairade ! — mé o ‘s sèt, éstricitè d’:ète, Niflète-gri,
tcheu.ète ed tcheudes, grèfe ed filannes, vènnhe
Dech’l échufëlmint - o ‘s sèt, mairche, eque ti tu N’sè point à-rièn, candèlhe dech’l étè — àrbe àrbè Kmint qu’os sanmes, grons d’plonb, tcheurs coéyoutès-
Atcheu.èes dégavéllèes-déssoulinèes d’jins — os pourons... os pourons... Os milons téz infourkes ed jean — os sanmes cairpiès Pair ët’ cavlure — quantt ale passe su ché’p plaje —
À ch’pékamouke ed tin péraje inochint — os nous Trondlons din ‘p poùrtchrie dë t’bieultè — ô, touiyoù Os mairchons din tin brin-d’œrèlhe — os vnons,s'pétché
D’no vie, trinche ed no vie, ti, troéyéle Ed no vie, wadjie d’no vie, tchèsse ed No vie, tchainve ed no vie, ganne ed no
Vie — pair é’b bé dech’l Ulfie, pair é’b bèe Dech’l Utie — pair ché’t tutute dech bleu dech ten — Lucie a’v varaù — Lucie a’v varaù — Lucie a’v varaù.
(en vers arithmonymes de neuf : tous les vers « font » neuf mots)
(version française)
LUCIE
À LA PLAGE
1.
Tout de suite il l’a vue, lui, soleil. Lui premier. Il s’arrache les cheveux, les viscères, lui aveugle, il Prend son élan de gueule ! — on voit sa luette
Elle est là — son orteil sur la règle séparant Le feu du dehors — le sombre du dedans. dedans. Elle, elle est là grande, haute comme le ciel.
Nous serions puces de sable empêtrées à sauter, ô angle ! Angle aigu où cacher, ne serait-ce que nos yeux — Ne serait-ce que notre œil. — Ô, bon rencoin.
Nous jouions et nous chahutions — sur la
grande plage. Nous regardions le dos de la grosse vague. Crions nos cris De chauve-souris de pleine lumière. Éclaboussés d’aiguilles de plaisir.
Nous chiffonnions le sable, essoufflés de gaîté. Le Mirliton du soleil éraillait la ligne d'oreilles. D'ici à la mer, dans l’odeur si bonne
Sous le ventre balancé des mouettes — quelle effervescence De prières ! oh ! comme les couleurs filaient vite ! Le bleu du ciel envahissait le bleu du
Ciel
—. Criblés d’air, hannetonnés de lumière, huile bénite, La chaleur nous atteint
jusqu’à l’os — nos ailerons Glissent
l’un sur l’autre dans la profondeur
De
l’heure — ils se frottent et se confondent. Sur
l’Esplanade on voit les voitures chaudes, brillantes Silence de bruits ; les enseignes envoient
leurs reflets.
Elle, d’où s’est-elle extirpée, par Quel corridor sombre qu’elle aura suivi sommeillant-somnolant - quelle secousse la voilà, rafale de sommeil ?
2.
Ô, visage de jonquille, peau de cire, cœur égoïste — Lucie, crémaillère de nos nuits, neige de flocons de Lucie, Raisin du vagin, rang de méduses, miroir éteint, toi —
Tu
es sur le pli — tu fais le pliage — Un fétu de soleil dans l’œil — roue, boucle De notre décrépitude — par quoi nous sommes cousus dans
Un linceul d’iode — pourquoi nous pleurons sur les
plaques D’ombre du sable — ô, chevilles aveugles — ensevelissement, toi, Engloutissement — ce ne seront que merveilles sombres
Que ta présence nous donnera — rencoignée, ta Présence, à l’étalage ! — mais on le sait, électricité d’être, Narine-griffe, nuque de coudes, tibia de filaments, veine
Du rétrécissement — on le sait, va, que toi tu ne ne Sais rien, chandelle estivale — regarde Comme nous sommes, girons de plomb, cœurs caillés -
Files humaines dépoitraillées-délitées — nous poudroyons... poudroyons... Nous lorgnons ton entrejambe de jean — nous sommes cardés Par ta chevelure — quand elle passe sur la plage —
Nous marchons dans ton cérumen — nous venons nous pendre Au papier tue-mouche de ton étalage innocent — nous nous Vautrons dans la porcherie de ta beauté — ô, tuyau
De nos vies, tresse de nos vies, toi, truelle De nos vies, nausée de nos vies, caisse de Nos vies, chanvre de nos vies, jaune de nos
Vies
— par le bec de l’Orphie, par la baie Del'authie — par la tétine du bleu du ciel — Lucie
viendra — Lucie viendra — Lucie viendra.
(version occitane de Bruno Peirà de la revue 'OC')
LUCIA
A LA PLAJA
1.
Sul
còp l’a vista, el, solelh. El primièr. S’arranca los pels, las tripas, el eissorbat, Pren vam de gula ! s’i vei lo gargalhòl.
Aquí
es, ela - son artelh sus la règla que dessepara dLo fòc del defòra - lo sorne del dedins. Ela, aquí-la granda, nauta coma lo cèl.
Seriam piuses de sorra empantenadas a sautar, ò l'angle ! Angle agut per i amagar, e mai pas que los uèlhs - E mai pas que l’uèlh nòstre. Ò, lo bon recanton.
Jogàvem e rambalhàvem - sus la plaja granda. Agachàvem l’esquina de l’ondada bèla. Cridàvem nòstres piuladisses De ratapenadas de plen lum. Esposcats d’agulhas de plaser.
Agorrufàvem
la sabla, lo gaug nos desalenava. Lo Mirliton
del solelh grafinhava la linha d’aurelhas. D’aicí a la
mar, dins la flaira tan bona,
Jol
ventre balancarèl de las gavinas - quin borbolhejadís De pregàrias ! Fò ! qué fugissián lèu-lèu las colors ! Lo
blau del cèl envasissiá lo blau del
Cèl-. Cruvelats d’aire, entavanats de lum, òli senhat, La calor nos fissa dinqu’a l’òs - nòstras aletas aletas Lisan una sus l’autra dins la fonsor
De l’ora - se fretan e se confondo Sus l’Esplanada se veson las veituras caudas, lusentas, Silenci de bruches ; las ensenhas mandan sos rebats.
Ela,
d’ont es que s’es traita, per per Quin corredor
sorne se serà engulhada somelhaira - saunejaira - Per quina bassacada aquí
l’avèm , ventòrla de sòm ?
2.
Ò, morre de jonquilha, pèl de cera, còr egoïsta - Lucia, cremalh de nòstras nuèits, nèu de borrilhs de suèja, Lucia, Rasim de vagina, rengueta de carn-marinas, miralhet atudat, tu -
Siás
sul plec - fas la plegada - Una
palheta de solelh dins l’uèlh - ròda, bloca De nòstre degalhadís - que nos estropa dins un
Lençòl d’iòde - perqué ploram sus las tacas D’ombra de la sabla - ò, cavilhas avuglas - sepeliment, tu, Engolidura- seràn pas que meravilhas sornas
Que
ta preséncia nos donarà- esconduda, ta Preséncia, a la
mòstra ! - mas aquò se sap,
electricitat d’èsser, Narra-urpa, copet de coides, tibià de filaments,
vena
De l’estrechiment - aquò se sap, vai, que tu Non sabes res, candèla d’estiu - agacha Cossí sèm, faudas de plomb, còrcalhat
Tièras Umanas despapachadas-engrunadas-posquejam... posquejam... Espincham ton entrecamba de jean - sèm cardats Per ta cabeladura - quand se passeja sus la plaja -
Marcham dins ta cera d’aurelha - nos venèm pegar pegar n Al papièr pescamoscas de ta mòstra innocenta - nos Rebalam dins la porcatièra de ta beutat - ò, tudèl
De nòstras vidas, trena de nòstras vidas, tu, tibla De nòstras vidas, vòmit de nòstras vidas, caissa de Nòstras vidas, carbe de nòstras vidas, jaune de nòstras
Vidas - pel bec de l’ Agulha de mar, per la baia baia
De l’Authie - pel teton del blau del cèl - Lucia vendrà - Lucia vendrà - Lucia vendrà