mercredi 4 décembre 2024

BQN n°2 - Page 11 : Au sujet de "LIQUID LOVE", exposition à Ostende de Marieke Janssen. - Illustration musicale : "Watermusic" de William Basinski & "L'hymne à l'Amour" par Yo Yo.

 



Marieke Janssen crée un travail qui interpelle immédiatement, émeut souvent ou excite immédiatement les spectateurs. Ses œuvres semblent éternelles ; elles semblent simples à première vue, parfois presque enfantines et naïves, mais en même temps elles sont excentriques, un peu aliénées, un peu exentrique, et toujours aussi accomplies et profondes.

Ses œuvres s'expriment généralement directement aux spectateurs. Car Marieke travaille avec une nécessité intérieure, elle dessine et peint sans réfléchir, elle travaille spontanément, non piégée par les règles académiques, n'a pas peur de faire des erreurs ou de perdre le contrôle. Son travail est autodidacte, déjà renseigné, maintes fois et encore, sur la découverte de soi, ce qui rend son travail très frais. Elle incarne « l’art de l’imperfection » comme aucune autre, wabi sabi, comme les japonais le nomme.
Mais il y a bien plus, elle travaille de manière informelle et avec une doublure gratuite de brosse, Marieke a développé son propre style immédiatement reconnaissable. Reconnaissable est la propre texture de couleurs, souvent des couleurs pastelles, sa singulière sensibilité, dans laquelle les humeurs intimes et les sentiments existentiels nourrissent le coeur au final. Dans son travail il y a beaucoup de tendresse, d'affection, d'intimité, de présence humaine. Le visage humain est bien présent. De plus, il y a aussi un élément onirique dans ses tableaux. Une sorte de surréalisme entier ; il y a toujours ces couleurs presque translucides, qui n'ont pas de contours forts, ce liquide (amour liquide !) sont, toujours contenant une faim lyrique pour l'infini ou un clin d'œil à l'inconcevable, l'inexpressible.
Marieke est parfois liée à un nouveau figuratif. , parfois avec des échos néo-expressionnistes, parfois ils viennent de l'art brut, etc. Heureusement, le travail de Marieke n'est pas aussi évident que la course de l'eau d'une rivière. Cela prouve à quel point son travail est original. Il y a des affinités avec les portraits ascendants de la peintre américaine Alice Neel (1900-1984), qui a réalisé entièrement sa singulière œuvre figurative au début du siècle dernier et a dû attendre d'avoir 74 ans pour être reconnue, mais le travail d'Alice Neel est plus brutal, plus confrontant que les peintures de Marieke.
Si je m'autorise à citer quelques bons points de contact avec quelques grands peintres, alors j'évoque d'abord Paul Klee. Je pense ici tout d'abord aux " anges de Paul Klee", qu'il a dessiné et peint lors de sa dernière étape de sa vie et à laquelle j'ai consacré un essai entier de mon livre "Signes of the Invisible". Autrefois, lors d'une visite d'une exposition de dessins d'enfants, Paul Klee a admis avec raison : « Quand j'étais aussi vieux que ces enfants, je pouvais dessiner comme Rafaël. Il a fallu de nombreuses années avant de pouvoir dessiner comme ces enfants. » Cette déclaration démontre que l'impuissance souvent visible et enfantine de Paul Klee dans son travail ultérieur était le résultat d'un long processus de détachement, au cours duquel il a finalement cherché à commencer à dessiner et à peindre à partir de zéro. Paul Klee a fini avec cela, Marieke par contre commence comme cela en somme.
Une deuxième grandeur que le travail de Marieke me rappelle c'est Marc Chagall, lui aussi a peint des anges, notons le au passage. La texture des couleurs est fort attrayante, la doublure de pinceau libre, spontanée et merveilleuse, démontrent une certaine affinité. Surtout dans les plus grandes œuvres de Marieke, dans lesquelles les personnages et les objets sont peints sous crise et nous rappellent les œuvres de Chagall où on peut voir un autre ordinaire des personnages et des détails.

Enfin de manière plus en général, c'est surtout l'étonnement spontané et surtout l'enchantement que je rencontre aussi bien avec Marieke que Chagall ; au sujet duquel, un jour, j'ai écrit u: "L'art est le bouclier de l'enchantement". Y a-t-il une meilleure définition pour le travail de Marieke ?

26-11-2024

Antoon Van le Braembusche
Philosophe de l'art
Photo de Luk Defait



LE SENS DES DETAILS QUI TUENT,L'HYMNE À L'AMOUR de l'oeuvre de Marieke Janssen d'Ostende.

Les oeuvres de Marieke Janssen, à leurs manières, sont toujours décalés, émouvantes, voir hors du temps et singulièrement excentrique avec toujours ce que je nomme un détail qui tue comme ici un regard qui louche venant accentuer le bancal des lèvres, ailleurs c'est une lune jaune comme un soleil dans la nuit, ailleurs c'est, sur l'épaule d'une Dame, deux prétendants qu'une lame blanche de la vérité au bas du tableau viens bientôt séparer, puis enfin c'est ce cadre blanc et rectangulaire qui à la manière qu'utilisait Francis Bacon, améne le regard à privilégier notre regard sur les levres rouges ; et je me souviens aussi, tous les jours, de ce chat noir, ce symbôle de l'authentique anarchie, aux côtés d'Arthur Rimbaud. Conscient ou inconscient, Marieke Janssen et sa peinture c'est ce sens, cette force, peut-être surtout du détail qui tue et qui d'un coup met en abime nos certitudes.


J'ai eu le privilège de l'observer, chez elle et dans son univers intime, dessiner sans réfléchir et recomposer ce qu'elle voyait, sur la page, des personnes et situations autour d'elle. Les lignes et les couleurs venant avec un spontanéité de la réflexion, du miroir, de son âme, de son karma. Sans pudeur, ni vergogne, elle traduit, un autre possible du réel avec une fausse nonchalance et surtout une spontanéité avérée.

Un livre pour enfants de Marieke "Klaas and the Lonely Knee Stocking" est paru à Skribis. Elle a aussi réalisé les dessins du livre "Marefrima", écrit par Stefaan Pennynck. Marieke a dessiné au Theater aan zee, Place Muzette à Gand, pour l'organisation à but non lucratif Boegbeeld, Het Leeshuis, et bien d'autre chose encore... comme un Arthur Rimbaud avec un chat noir qui a été publié dans le n°1 de la revue-blog française et picarde BQN/l'Brun Qui Nache.


Les détails qui tuent sont le liquide invisible, secret, de l'hymne à l'Amour de Marieke Janssen.

Christian-Edziré Déquesnes.


L'exposition LIQUID LOVE est visible jusque fin décembre tous les samedis & dimanche, entre 14 et 16h, au Sint-Franciscusstraat 4 à Ostende.


- Marieke Janssen -
Photo de Lieve Cornelis.

mardi 3 décembre 2024

BQN n°2 - Page 10 : Présentation de "LE JUSTICIER ET LES HELLS ANGEL", un roman-bandes dessinées de Olivier Delmaire, une production "Section "BD Underground". - Illustrations musicales : "Stranded In The Jungle" de The Cadets par ces derniers et The New York Dolls + "Run Through The Jungle" de Creedence Clearwater Revival par The Gun Club.

 



Non sans une certaine belle émotion, je vous présente le roman-bandes dessinées d'Olivier Delmaire, un garçon que j'ai revu après 28 ans ! et aujourd'hui un homme. À l'époque où j'ai animé une émission Baroque Bordello sur les ondes du radio libre du Douaisis, Olivier, une fois, est venu assisté à l'emission et il avait participé à la programmation des titres diffusés.

Hier, ce fan des New York Dolls... (mais pas que... sa collection de disques est l'une des plus impressionnantes qu'il m'a été permis de voir jusqu'à ce jour)...a fini par me montrer et partager une espèce de roman-bandes dessinées, réalisé en 1993 ou 1996 dans la chambre d'adolescent d'Olivier, brute et aux premiers coups d'oeil naïf, que je trouve à plus d'un titres très intéressant, qui offre à réfléchir, à ces "réflexions" je vais y revenir ultérieurement au fil des épisodes que nous allons diffuser via BQN.

Ce "Travail", cette création, est soigneusement inscrite sur les pages d'un cahier tout à fait classique et qui est protégé par un protège cahier rose.

L'histoire est celle d'un justicier qui n'a pas de nom mais dont au final, un final tout à fait "rimbaldien", on apprend le nom de son meilleur ami ; surprenant ! Ce héros extraordinaire est en prise avec une bande de vilains Hells Angel pour l'essentiel de la narration de cet O.L.N.I (Objet Littéraire Non Identifié, voir Identifiable), mais aussi quelques passages truculents avec deux policiers qui sans être un duo de choc, sont dans un certain domaine impressionnants.


Ce roman-bandes dessinées est une sorte de chronique sauvage, décrite finalement avec une tendresse cruelle, à deviner et ressentir dans "les détails qui tuent", dans la jungle quotidienne d'une ville ordinaire, qui propose humblement et sans aucun calcul, une mise en abime de bien des pontifes qui de plus en plus majoritairement sévissent dans les "créations" issues de la cultures rocks et surtout sous l'appellations Art Brut.

On vous donne rendez-vous pour des pages prochaines qui en épisodes vous ferons découvrir "Le Justicier et les Hells Angel" d'Olivier Delmaire.

À suivre donc...

Christian-Edziré Déquesnes
alias Chl'Edziré.




dimanche 24 novembre 2024

BQN n°2 - Page 7 : ARTOIS, épisode n°1 d'un feuilleton, avec des photos de l'auteur, de Carl Sonnenfeld.- Illustrations musicales : "La Ville" de/par Daniel Darc, "Love Will Tear us Apart" de/par Joy Division, "M' tante Josiane" de/par Les Pâquerettes Marginales (extrait de l'album "Power Coron") & "Coal Miner's Blues" par The Family Carter. .



Je sais que personne n'en à rien à foutre je ne fait plus attention à rien j’écoute la ville qui m’accueille la ville où je marche la ville respire elle s’exprime je l’entends parfois je repense à Darc à l’ époque je l’ écoutais beaucoup j’aimais la manière dont il agençait les mots j’aimais sa dégaine vintage sa valise en cuir qui transportait le rêve américain des fiftie’s en chaine de vélo c’était comme un double un frère de poèmes beat j’écoute la ville Paris les petits matins blêmes bleuis aux gyrophares les phares qui clignotent jaune pour dire adieu à la nuit je sais que Darc était un junkie mais qu’est-ce que ça peut faire je frappe dans une canette en fer de la bière chaude s’écoule sur le trottoir à l’époque des souvenirs quand je dérivais dans les rues inconnues que mon avenir n'existait plus que mon horizon baignait dans un flou no future brumeux j’entendais la voix de Daniel mais qu’est-ce que ça peut faire et la ville chuchotait j’écris ce poème depuis toujours chaque écrit n’est qu’une réécriture j’enclenche la fonction repeat de ma mémoire la gare de Lille se vide des ombres désertent le quai la voix synthétique de l’hôtesse annonce un train à destination de Béthune le train démarre lignes grises et noires du vent trajectoire météorique lumineuse le paysage défile des champs des villes des briques rouges et des pylônes électriques des terrils des nuages gris des nuages blanc sur mon cahier la marge rouge ronge la feuille le trait vertical de la feuille ressemble à une frontière pourtant pas besoin de visa pour écrire les premières lettres l’encre bleue coule en liberté sur le cahier elle dessine des mots et ne ponctue plus de phrases elle jaillit comme à la source d’un Fleuve les mots s’impriment en vitesse sur ma rétine j’écris d’un trait jusqu’au point final invisible en sortant de la gare je file vers la Grand-Place de Béthune par le boulevard Poincaré je m’arrête dans le premier troquet chez Papa Schutz rideaux transparents de dentelles grises bar à la colorimétrie marron et orange très sombre impressions floues je commande un demi à la pression plonge mon nez dans la mousse blanche délivrance je bois une rasade puis 2 voici une bonne bière fraîche du nord au goût d’amertumes de houblon de regrets aussi ici le visage des fantômes est convoqué ils se présentent en file indienne en farandole un Karnaval le demi se vide encore un et retour dans le bus par la vitre la beauté blafarde des paysages artésiens s’impose les champs illimités l’horizon je descends au prochain arrêt Parc de la Porte Nord on pourrait passer sa vie ici la passer à tourner en rond autour des ronds-points comme un con cette structure hyper marchande composée de hangars hideux mange la terre arable des champs mon regard se perd dans cette forêt d’enseignes vulgaires vraiment tout est bon dans le cochon qui sommeille en nous combien de fois ai-je eu envie de gerber ici sur ces parkings démesurés parfois je traversais la route nationale et me retrouvais en face dans les allées paisibles du cimetière de La Buissière j’oubliais alors la nausée et je pensais à mon grand-père un autre bus passe en direction de Place des Provinces d’autres souvenirs remontent à la surface les bulles translucides d’une limonade mon enfance heureuse j’arrive à Bruay rouge brique rongé par l’acidité de la pluie rouge brique rongé par les rayons solaires rouge brique érodé par le temps rouge brique qui implose et se désagrège finalement spectre grisâtre de la poussière s’unissant à la lumière empilages structurés de briques rectangulaires empilages structurés en murs ici dans les corons tout n’est que murs et murmures le vert délavé de l’herbe surligne la noirceur de la terre je suis à Bruay ici je marche comme j’ai toujours marché c’est mécanique les rues se suivent en enfilades parallèles et perpendiculaires quadrillage géométrique parfait de Bruay je reconnais ce labyrinthe urbain concret le tempo de mon cœur se synchronise à mes pas pulsation intime d’une boîte à rythme mon cœur bat ici à l’unisson de la pluie je ne suis pas un danseur pourtant je danse sur les trottoirs détrempés de la ville rue de la République mon corps se délie lentement rue Alfred Leroy je deviens liane qui s'entrelace aux lampadaires urbains rue Louis Dussart je ne suis qu’une ombre rue Jules Guesde une auréole rue Paul Descamps une empreinte de pas qui disparait vers les 4 chemins si tu savais Bruay La Brique le passé ouvrier et minier n’est plus Rue Raoul Briquet si tu savais Bruay La Brique si tu savais je marche dans les rues désertes de la ville paradoxe tout m’est devenu étranger je n’entends plus ton cœur historique palpiter j’écoute murmurer les murs la brique eux se souviennent le son de la poussière s’agrège à l’asphalte des trottoirs s’élève en spirale vers le ciel bleu liquide j’entends des rires et je vois des silhouettes fantomatiques elles entament une dernière sarabande tous les troquets sont fermés où vont-ils boire le dernier verre de l’amitié retrouvée chez Jean Paul à la Maxéville chez Zaza chez Papou la place du Cercle est devenue amnésique déserte le lycée Carnot ressemble toujours à un paquebot jadis je rêvais d’un grand voyage à son bord mais il est toujours resté à quai comme toutes mes aspirations d’adolescent l’Artois émet un son particulier j’écoute en ce moment Love Will Tear Us Apart voilà le son de la basse bourdonne dans ma tête c’est obsédant la voix baryton basse de Ian Curtis me susurre à l’oreille cette antienne Love Will Tear Us Apart le son hypnotique pénétrant résonne entre les murs de la ville comme le son lointain d’un vol de bombardier la rue des Escaliers le temple abandonné 30ième jour de grisaille au mois de février ici c’est Bruay Bruay Pas de Calais un rêve récurant je déambule dans l’avenue des Fleurs vers des chevalets encore debout il pleut des cordes j’écoute le son du métal qui se décompose sous la rouille j’atteins le carreau de la Fosse 6 et me dirige vers la salle des pendus en ruine 3 punks la squatte ils se partagent un pack de Kro impression de chaos une radio casettes grésille quelque part ici la salle des pendus tout en écho sépulcrale les punks se suspendent aux câbles en riant ils miment la mort imminente le passage vers le néant no future la radio crache Ian Curtis pose sa voix ténébreuse mélopée mélancolique embrumée une soirée de février la pluie crépite sur le métal les briques ici c’est Bruay Bruay Pas de Calais tout se consume ici bien au nord du 45ième parallèle dans ces contrées lointaines minières et post-minières délaissées toi qui es né à Manchester ou à Bruay tu connais la chanson Love Will Tear Us Apart Again j’écris comme une machine une vieille locomotive rouillée le ciel gris est enfumé vapeur des souvenirs ils s’enchaînent comme des wagons j’écris et tout se reflète dans un jeu de miroirs savants je retiens la lumière des rayons solaires balayant le sommet des terrils écoute le cri métallique de l’Artois écoute le cliquetis des roulements à bille écoute la complainte pneumatique du marteau piqueur il perfore la houille bleue écoute le son liquide de la pluie elle clapote sur les tuiles écoute le vent il souffle et dissipe un amas de nuages anthracites écoute le son de la rouille il décompose le métal ça résonne encore dans mon cœur ici c’est Bruay Bruay Pas de Calais reflets bleutés des terres noires sur le ciel liquide nuages gris et grèges s’agrégeant à la pluie translucide goutte à goutte la pluie en arc en ciel ombres et lumières du pays d’Artois Bruay Pas de Calais rayon solaire solitaire en poursuite sur les rues perspective illimitée les corons Bruay Pas de Calais teinte terne des tôles ondulées garages abandonnés Bruay Pas de Calais quartier de la gare les mômes sortent du collège A. Camus en criant Bruay Pas de Calais écoute hobo le souffle hypothétique de la vieille locomotive elle retarde Bruay Pas de Calais Gare de Bruay le hall est désert Bruay Bruay 2 minutes d’arrêt terminus de la ligne sans train sans voyageur écoute hobo le son désaccordé de la vieille locomotive elle déraille elle s’unit à l’harmonica à la guitare en route mon blues je dois rentrer écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé écoute mon blues je dois rentrer à Bruay Bruay Pas de Calais je passe devant le Café aux Amis Rue Jules Guesde un vrai zinc populo entends-tu l’écho des voix entends-tu le phrasé rude le phrasé de boyau rouge pur sucre le patois d’Artois made in Bruay écoute mon blues qui roule comme cette langue rude écoute le couler dans mes veines comme la bière Bruay Pas de Calais je suis assis au zinc voici venir l’heure de la première chope le liquide d’or la remplit une mousse immaculée la chapote Sainte Vierge bois mon blues de Bruay bois-le jusqu’à la dernière goutte de pluie hey hobo ici à Bruay je suis ivre en route mon blues je dois rentrer écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé je dois rentrer à Bruay Bruay Pas de Calais voici mon quartier un dédale de briques à l’architecture minimaliste d’ un siècle et demi des cubes rouges identiques rangés dans un alignement parfait écoute hobo écoute mon blues de Bruay il percute et se répercute de loin en loin sur les murs de briques c’est un blues en si mineur le blues des corons Bruay Pas de Calais comme une fièvre tropicale je vogue en pirogue divague sur un fleuve de goudron écoute hobo le blues du Nouveau Monde j’accoste les rues du Canada des Etats Unies du Mexique de Colombie écoute hobo le blues de l’Afrique coloniale j’accoste les rues de Zambie du Gabon de Haute-Volta écoute hobo ce blues qui s’agrippe à la gorge comme le goudron noir d’une gitane bleue maïs la fumée bleue des souvenirs nimbe les briques écoute hobo le blues du mineur de fond il crache sa bile noire dans les ruisseaux il crache sa bile noire sur Gavroche Rousseau et Voltaire il crache sa bile noire sur les Houillères il crache sa bile noire sur les souvenirs qui s’élèvent en spirale dans le ciel et disparaissent écoute hobo le blues du mineur de fond qui meurt lentement le visage bleu émacié mangé par un masque à oxygène les poumons durs comme une gaillette de charbon en route mon blues je dois rentrer écoute le tempo désaccordé de mon cœur fêlé écoute hobo écoute mon blues je dois rentrer à Bruay ici Bruay 2 minutes d’arrêt... À suivre...










BQN n°2 - Page 6 : OWO - Premier épisode d'un feuilleton, avec un dessin de l'auteur, de Gilles Laffay de Paris. - Illustration musicale : "Rxlly Mozart (phonk remix)" de Phonk Rxlly.

 


OWO 

ausweiss bitte

aissez passer les petits papier

qu'est-ce que vous dites

ah vous parler français

fransozen

vous allez où

c une question sans réponse

et vous

c moi qui pose les questions

sortez de la voiture

j'ai mon lassez passer

sortez bitte je vais vous fouillez

puis collé contre mon corps il me palpe partout sauf au niveau de mon égérie

je sens a coté de son mauser un truc dur je compris alors que ce truc dur était son égérie élésiaque en forme de concombre je faillais lui lui dire en allemand, et me dit quelque chose se passe autour de moi

circulez il dégoulait de sueur et de peur il me tata les couilles j'ai cru un instant qu'il allait pleurer

je le laissais jouer avec mes bollocks ce n'etait pas désagréable

verboten to love

un être triste sans amour très triste je ne bande pas je ne bande pas

puis il me relacha

en meRENDANT mes papiers c la que je compris

koi 

hommage a Jorge Semprum

ke la guerre était déjà finie

ausweiss bitte!

gute nacht je 

l'ai déjà contrôlé

ah livreur de charbon,

danke sheaun (j'ai bouffé tout mon allemand)

l'autre était cruelle et le ce faible homme embarqué du mauvais coté de l'histoire me fit signe un signe impresptible de bouger vite fait, trois km plus loin j'arrêtais ma voiture et respirais dehors regardant ce ciel le champ et cette route ouverte

majesté je m'appele Mozart 

m            ajesté il n'y a plus personne sur ce forum

et oui qu est ce que tu veu x que c a m e f a s se b i n d e r

vous avez aimé mon opéra?

il y avait trop de notes mozart

ma&is majesté toutes les notes étaient           a leur place houhihoiruitoruoitz'oiyrtoi hahahahahahahahhahahahaha hum hum omer sauve moi avec ton petit bidon

puisque c comme ca je vais jouer du piano les yeux bandes en arrievreDANS un pordel ahahahhahaha, majesté

lol&bye je suis mort de rire non si 

i am over th rainbow stp lease bitte

je rebondis parmi les arbres comme l’écureuil que j'ai tué en faisant mon joggingDANS la grande forêt

je rebondis avec mes yeux qui touchent les autres

...à suivre...



vendredi 22 novembre 2024

BQN n°2 - Page 5 : Avec GISELE ESCHENBRENNER et 4 de ses collages.- Illustration musicale : "Villa Albani" de/par John Cale.

 






Gisèle Eschenbernner, 62 ans, est née à Fort-de-France en Martinique où elle a vécu les sept premières années de sa vie. En autodidacte, elle a commencé les dessins et les collages quand elle était adolescente et qu'elle vivait chez ses parents ; en 2000 elle part de chez eux et sa pratique s'intensifie, il y a quatre ans suite à une rencontre avec, Emilie, une professeur d'art plastique.

Aujourd'hui, Gisèle Eschenbrenner mariée, vit à Sainte Geneviève-des-Bois dans l'Essonne où elle travaille comme agent municipal au service-magasin du centre technique la commune.

Elle a une page facebook sur laquelle elle publie régulièrement ses collages et dessins.

samedi 16 novembre 2024

BQN n°2 - page 1 : Pour n'en finir jamais avec KONRAD SCHMITT un poème d'Ivar Ch'Vavar. - Illustrations musicales : "Rambling" de/par Johnny Shines & "Intermint" de Konrad Schmitt par Chés Déssaquaches.

koNrad schmitt
 Lettrine de Philippe Lemaire

KONRAD SCHMITT

Il n’a pas le cœur en dehors de vous. Les huiles, les fluides, essentiels, passent. Le ciel est bleu comme un pied- bleu ; les forêts bises agitent leurs branches à travers la flamme de son briquet (vues au loin). — Le chemin est une cuisse maigre, secouée d’un spasme. Aux grès des bordures la mousse et les lichens, prennent leurs aises. Les oiseaux claquent comme des jarretelles. Les lierres sous leurs masses épaisses cachent des cœurs, des noms et dates creusés dans la craie des murs, et. Les liserons font un gros dos aux haies. Konrad Schmitt (et en effet c’est lui qu’on voit tout ici) est pour cette paisible attitude, que de croire. Se tenir là en donnant créance (et même, crédibilité) à ce qui peut être vu là tout autour. Lui sait. Les vaches sont de terribles musiciennes, ne feraient-elles même encore que pointiller de quelques lointaines, discrètes silhouettes les prés. — Gare au moment (proche peut-être) où elles commenceront, couronnées de diadèmes, à traîner leurs robes de mariées, courant pour l’épouvante des géotrupes. Hémorroïdes : affreuses figures de la Terre en ses affres… Morves aux nez bleus de l’autochtone. Son pull-over vert émeraude pue l’ovaire (évidemment). Caractère à la fois sternutatoire et vivaldien de cette matinée, qui n’est encore qu’un matin. Et il fume sa pipe entre ciel et terre au milieu, l’autochtone, des vieux-culs raccoutrés d’araignées et de fil de la vierge des aïeules (nos vraies alliées). Oui, il fume de toutes ses forces. Et Konrad Schmitt n’a pas le cœur à rire lui qui n’a pas le cœur en dehors de l’autochtone. Le meunier arrive, raide et pâle comme un homme-sandwich qui est sûrement un homme sans quelque chose et tous on a une vesse toute prête dans le rectum, la hon te. Ô le vert et le jaune, ô le vomi ! Oh comme tout tour ne (la Terre), oh comme les heures se mettent à filer et ô l ’après-midi passe et la nuit, la saison aussi. La lumière est pleine de poils, de la hâte ; tout gravite de trop. Mais Konrad reste pour cette  paisible attitude : que de croire. 

— poème d’Ivar Ch’Vavar                                      que l'on peut retrouver dans La vache d’entropie, éditions Lurlure

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 INTERMINT est une chanson interprétée  par Chés Déssaquaches (Les Extractions) qui l'ont composé à partir d'un texte de Konrad Schmitt et après l'écoute de bandes magnétiques  d'enregistrements brutes de ce derniers, dans la première moitié des 70's, transmissent par Ivar Ch'Vavar à Chl'Edziré qui après une attentive a guidé Chés Déssaquaches dans l'élaboration de cette composition plus proche possible de la dimension poétique de l'oeuvre de Konrad Schmitt.  via===>Arwett-driére ed bleuses cRAïts | Christian-Edziré Déquesnes

samedi 26 octobre 2024

PAGE 19.- BQN n°1./ Ch' Batio Lala/Lo Bateù Lalà/Le Bateau Lala/De Lala Boot de Christian-Edziré Déquesnes + bonus avec un poème de Paul Barron. - Illustrations musicales : "Comme à Ostende" de Jean-Roger Caussimon et Léo Ferré par Arno et "Ostende bonsoir" de/par Arno.

 

christian-edziré déQuesnes
- Lettrine de Philippe Lemaire -

(version picarde)

Ch’Batio Lala

À Arno Hintjens 

1.

Eddin Oosteind, ch’Kursaal, in supèrpe Batio Lala            Eulalie pi mi in déhute ack no tcheur to-t arteurné          Moé au soér, Arno, i vaù n-nin foére ote cose...  

Eddin Oosteind, ch’Kursaal, in supèrbe Batio Lala          Noz otes béteut fin bénache din l’forche dech rouge          Din ch’keur d’ènne Umanitè inpossipe possipe.

Àrfrin

Ch’Casino conme in Batio Lala                                Edvaint cheule Mér dech Nord                                  Por tertous nozotes insanne                                  Parélh à in life pàrdu                                        Décati pi qu’i noz é-t arvénu...                              ...In ploènne ghife.

2.

Eddin Oosteind, ch’Kursaal, in supèrpe Batio Lala             T’ë nin laù, portaint din m’tiéte                            I n’y aù foke ti pi eut’ prézinche laù tout sérant mi 

Eddin Oosteind, ch’Kursaal, in supèrpe Batio Lala            I’ ét vrémint ch’Ro, din poéyi sins l’warte                  D’in peupe fraùtérnèl, d’in-n inpossipe possipe.

Àrfin

...In ploènne ghife.

3.

Eddin Oosteind, Ch’Kursaal, in supèrpe Batio Lala            Eulalie pi mi in-n arteurne ack nos tcheurs grinmint fin bénache                                                      À cose, au soér, ch’Ro, li i nn’aù foét ote cose... 

Eddin Oosteind, ch’Kursaal, in supèrpe Batio Lala            Ti pi mi din din l’sëcrét dech rouche                        Eddin ch’tcheur d’in Amoér inpossipe possipe.


(version occitane Bruno Peiràs)

Lo Bateù Lalà

En Ostende, lo Casino, un crane Batèut Lalà                  Eulàlia e ieu arribam ambe nòstres còrs enrambolhats          Mas aqueste sèr, Arno , ne farà quicòm mai...

En Ostende, al Casino, en crane Batèu Lalà                  Nosautres lèu gàujoses dins la fòrça del roge                Al còr d’una Umanitat impossibla possibla.

Repic

Lo Casino coma un Batèu Lalà                                  De cara a La Mar del Nòrd                                  Per totis nosautres amassa                                    Es coma un libre perdut                                      Usat que, nos daissa pas mai                                  Desempuèi que nos es tornat...                                ...En plen marre.

2.

En Ostende, lo Casino, un crane Batèut Lalà                  Siàs pas aqui praquò dins mon cap                            I a pa que tu e ta preséncia aqui còsta de ieu...

En Ostende, lo Casino, un crane Batèu Lalà                    Es plan lo Rei, Arno, d’un pais sens frontièra,              D’un pòble frairal, d’un impossibla possibla.

Repic

Lo Casino coma un Batèu Lalà [...]

3.

En Ostende, lo Casino, un crane Batèu Lalà                    Eulalia e ieu nos entornam amb nôstres còrs alègres          Que lo Rei, anuèit, ne faguèt quicòm mai...                                                                               En Ostende, al Casino, un crane Batèu Lalà                    Tu e ieu dins lo secret del roge                              Al còr d’un Amor impossibla possibla 


(version française)

Le Bateau Lala

1.

En Ostende, le Casino, un superbe Bateau Lala                Eulalie et moi arrivons avec nos cœurs en bazar              Mais ce soir, Arno, va en faire autre chose... 

En Ostende, au Casino, en superbe Bateau Lala                Nous bientôt en joie dans la force du rouge                  Au cœur d'une Humanité impossible possible

Refrain

Le Casino comme un Bateau Lala                                Devant La Mer du Nord                                        Pour nous autres tous ensemble                                C'est comme à un livre perdu                                  Usé et qui ne vous quitte plus                                Depuis qu'il vous est revenu...                              ...en plein visage

2.

En Ostende, au Casino, un superbe bateau Lala                Tu n'es pas là pourtant dans ma tête                          Il n'y a que toi et ta présence à mes côtés... 

En Ostende, le Casino, en superbe Bateau Lala                Il est bien le Roi, Arno, d'un pays sans frontière,          D'un peuple fraternel, d'un impossible possible.

Refrain

Le Casino comme un Bateau lala                                Face à Mer du Nord                                            Pour tous nous autres ensemble                                C'est comme un livre perdu                                    Usé qui ne vous quitte plus                                  Puis qui vous est revenu...                                  ...En plein visage

3.

En Ostende, le Casino, un superbe Bateau Lala                Eulalie et moi repartons avec nos cœurs en émoi              Car ce soir, le Roi, en a fait autre chose...

En Ostende, au Casino, un superbe Bateau Lala                Toi avec moi dans le secret du rouge                          Au cœur d'un Amour impossible possible.


Note : Le Bateau Lala, est une expression typiquement bercquoise qui signifie le désordre, la pagaille, le fourbi (“c’est pire que le bateau lala”).


(version néerlandaise de Dirk Onbekend)

De Lala Boot

1.

In Oostende, het Casino, een prachtige Lala boot              Eulalie en ik ko aan met ons hart in een puinhoop            Maar vanavond gaat Arno iets anders doen...                

In Oostende, in het Casino, in een prachtige Lala boot      We zullen binnenkort gelukkig zijn in de kracht van het rood  In het hart van een onmogelijke mensheid

Refrein

Het casino als een Lala boot                                  Aan de voorkant van de Noordzee                              Voor de rest van ons allemaal samen                          Het is als een verloren boek                                  Uitgeput en dat laat je nooit meer los                        Sinds het bij je terugkwam...                               ...In het gezicht

2.

In Oostende, het Casino, in een prachtige Lala boot          Je bent er niet in mijn hoofd                                Er is alleen jij en jouw aanwezigheid aan mijn zijde...

In Oostende, het Casino, in een prachtige Lala boot          Hij is inderdaad de Koning, Arno, van een land zonder grenzen,                                                    Van een broederlijk volk, van een onmogelijk mogelijk.

Refrein

3.

In Oostende, het Casino, een prachtige Lala boot              Eulalie en ik vertrekken met ons hart in beroering            Want vanavond heeft de Koning er iets anders mee gedaan... 

In Oostende, in het Casino, een prachtige Lala Boat          Jij met mij in het geheim van rood                            In het hart van een onmogelijke mogelijke Liefde.


Opmerking: De Lala-boot is een typische Bercquois-uitdrukking die wanorde, chaos, rommel betekent ("het is erger dan de Lala-boot"). 


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La richesse au Diable
Toute cette grandeur c'est répugnant
Tellement idiot

Se faire de faux amis
La vie de riche quoi
Paul Barron
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