La NOUVEllE REVUE DE LA GRANDE PICARDIE MENTALE
La NOUVEllE REVUE DE LA GRANDE PICARDIE MENTALE
Os
juanmes é-pi os jouglanmes — su ché’g granne plaje. Oz àrbéyanmes ech doù
l’amérie. Cri.anmes no cri D’cachouris dech lu. Éclichès d’àgulhes ed plézi.
Os
mouchlinanmes é’s sape, maflès d’:ète djè. Ech Mélliton dech solé i érifloét chéle
lènnhe d’œrèlhes. Tchi à
‘m mér, din l’ondeur si boènnhe,
Pa-dzou
ch’vinte balichè dë zz’émiœlètes — qué émeute Ed pri:éres ! oh ! kmint
qu’chés couleurs i flayoè’t’ ! Ech
bleu dé’s ciél i inpourprindoét ch’bleu dé’s
Les jeunes et les joueurs — sur la grande plage. Les arbres y murmurent doucement l'amour. Nous crions, nous ne crions pas De cachotteries dans la lumière. Éclats d'aiguilles de plaisir.
Nous murmurions dans l'herbe, les mouches de l'été déjà. Le méridien du soleil éclaire la longue chaîne d'oreilles. Près de la mer, dans l'odeur si bonne,
Sous le vent les balises des émiettées — qu'émeuvent Des prières ! oh ! comme les couleurs flamboient ! Le bleu du ciel teinte le bleu des.
Le babil des nouvelles classes dangereuses
Christian Desquesnes renoue avec le samizdat et la pensée encore plus libre que libertaire pour remettre à leur place certains intellectuels et poursuivre son triple A, Amplification des Ampleurs des Aggravations, ce triple A qui n’a absolument rien à voir avec celui de l’économie capitaliste. Ce cycle signale l’Amplification des Ampleurs des Aggravations contre lequel l’auteur, animateur, nouveau bourreau de Béthune des lettres lutte sous l’égide de Rimbaud et d’Ivar Ch’Vavar son meilleur ami et complice.
L’auteur appelle sa revue “un pauvre périodique”. Il n’en est rien car il renoue avec une littérature et un feuilletage qui avait cours dans les années 70 pas très loin de chez lui avec par exemple la revue “25” animée par Françoise Favretto et son époux de l’époque. Dequesnes - comme il le précise — n’écrit ni pour l’honneur ni pour l’argent mais par nécessité vitale et politique et contre les “bienveillants” des réseaux officiels — germanopratins entre autres.
À savoir tous ceux qui imposent leurs diktats et reçoivent pour cela des prébendes afin d’oeuvrer à l’émerveillements des foules qui finalement ne se réduisent qu'à quelques cénacles ou coteries).
Sont réunis ici sous un apparent disparate des auteurs et artistes ni majeurs, ni mineurs mais acteurs de la poésie . Le responsable lui-même (aux prises avec une flickette) mais aussi Jacques Cauda ce vieux frère, et tout ceux qui travaillent la langue en pressions et dépressions : entre autres Perrine Le Querrec, Jean-Luc Casamian, John M. Bennett, Alain Brissiaud, Marie Christine Menue et Dominique Braux. Tous sont plus ou moins réunis pour un hommage à Ch’Vavar qui clôt la revue que Bob Dylan ouvre par un extrait percutant de son discours lu lors de la remise de son prix Nobel.
Elle est complétée par Passiondale consacré à deux poètes des îles britanniques : le Gallois Hedd Wynn à l’écriture fractale et vivante et l’Irlandais Francis Ledwige qui accueille le lecteur pour un émerveillement là où “des fleurs humides / emplissent l’espace comme des giboulées”. L’ensemble est puissant car commis au nom de la nécessaire délinquance dans la langue (et ailleurs aussi — sexe compris). Un fantastique retour d’un refoulé (alimenté par la morale des religions) nourrit ces pages dont l‘appel d’air constitue un danger suprême.
Ce qui est mis sous le carcan de l’idéologie des maîtres et d’intellectuels lits et rateurs est sabordé non par mots d’ordres mais par l’offense faite à la langue. Elle “faute” ici par actions et non par omission. Cauda et son “Eve Llyne” ne s’en privent pas dans cet espace de “la grande Picardie Mentale” dont selon Dequesnes “Ch’Vavar a re-inventé les jalons” et dans laquelle le corps n’est jamais omis.
Nulle question de punir de telles dé-pensées ardentes. Sade le réfutait par avance par un subversif appel au divin auquel il ne croyait pas dans une lettre à Gaufridy : « Punit-on les pensées ? Dieu seul en a le droit parce que lui seul les connaît ». Dequesnes et ses ouailles clament la nécessité d’un maniement a-nimal de la langue, de ses corps au sein même de la précision cruelle des détails fictionnels ou quotidiens et par la liberté de retourner la pensée contre le réel pour le dénoncer.
Soudain, le langage menace la loi. La cruauté des pouvoirs est mise en évidence par le plaisir et l’outrage accomplis. L’intimité inavouable est tournée moins vers le dedans que vers le dehors dans ce théâtre ouvert de la cruauté et de la joie face à ceux qui veulent couvrir la voix des sans dents de la poésie roturière.
Ivar Ch’Vavar
rêve berckois
Cette nuit, j'ai fait un long rêve, et pour une fois
au réveil je me souvenais un peu des dernières séquences.
Berck — j'avais convaincu des amis de nous rendre là,
plutôt qu'ailleurs (mais est-ce que cette tournure est correcte ?). J'avais une
violente envie de me baigner, mais les autres étaient hésitants. Bref, nous
arrivons à Berck et ils disparaissent peu à peu. Je me retrouve
avec des inconnus, des jeunes, paumés (comme moi), et cherchant la mer pour y
nager (comme moi). Je suis paumé parce que je ne reconnais pas ma ville,
réduite semble-t-il à un « front de mer », mais vu de derrière, très large,
haut, noir, et comme cadenassé, impénétrable. Nous y sommes entrés pourtant,
j'ai rapidement perdu les derniers amis, il ne reste que ces jeunes hommes, qui
sont tous bruns, mais de type européen. Plutôt costauds. Ils ne se
connaissent pas entre eux, ils font connaissance, bougent pas mal, on en perd,
on en croise d'autres (l'intérieur du front de mer est tout à fait
labyrinthique, passages, escaliers, petites pièces vides comme des salles
d'attente — ou plutôt... de passage, oui, de passage).
Pour se repérer un peu on cherche des fenêtres d'où on
puisse voir la mer... On n'en trouve pas. J'ai dit aux garçons que j'étais
Berckois, il s'avère que je suis bien le seul. On me demande des explications,
je réponds que la ville a décidément beaucoup changé depuis ma dernière visite.
En fin de compte, nous arrivons dans une pièce assez
large, avec de grandes baies vitrées, mais des baies bizarrement coupées, je
veux dire : elles sont toutes différentes, avec des angles non-droits, obtus,
aigus, des sortes de caches qui nous empêchent tout d'abord de voir autre chose
que des morceaux de plage et de mer.
En tout cas ces baies sont en noir et blanc,
l'image finit quand même par se stabiliser : la plage est noire, comme du
goudron, coupée d'une ligne de cabines de bain aux formes bizarres, et noires —
et voici enfin la mer, elle est « étagée comme sur les gravures », je
veux dire plutôt qu'elle paraît verticale, et elle est d'un noir uni, épais et vivant,
de bitume.
On discute : est-ce qu'on peut se baigner dans cette
mer-là ? Certains sont dubitatifs, d'autres enthousiastes, impatients. Je passe
pour ma part par les deux états. Il semble qu'on distingue des nageurs dans ces
flots verticaux...
Mais comment atteindre la mer, et déjà la plage ?
Cependant, sans comprendre comment, par des sortes de secousses, avec
changements à vue latéraux, peut-être, nous nous rapprochons de l'une et de
l'autre.
Le pied sur le sable noir. Se déchausser, vite, se
déshabiller pour plus vite se jeter dans l'eau, l'envie de se jeter dans l'eau
est devenue féroce, au moins pour moi, mais je m'inquiète de ce qui va advenir
de mes vêtements, de mes papiers, de ma montre (pour la montre je ne suis pas
sûr d'en avoir une, je la cherche déjà). Et puis... comment passer entre
les cabines, ces cabines toutes noires, fermées... Je me réveille à ce
moment-là.
J’ai fait souvent ce rêve, d'arriver en vue de la mer
et de m'en rapprocher difficilement sans arriver à l’atteindre jamais. Mais
cette fois, il y a quelque chose de particulier. Le rêve est beaucoup plus
marquant, appuyé. Et il y a tout ce noir.
Ivar Ch’Vavar
L’expérience
radicale
L’expérience de l’être est pour moi radicale et
limite. Elle se situe au début de ma vie (huit ou neuf ans) et elle reste
toujours devant moi, je n’ai jamais pu la dépasser. J’ai seulement pu y répondre,
quelquefois, dans l’écriture poétique.
C’est, dès le début, une expérience poétique,
celle de l’impossibilité de dire l’expérience, aussi fort que soit le désir de
la dire, aussi fortement que soit ressentie la nécessité de la
dire. Même si je suis à cette époque (où tout commence) bien loin du moment où
je vais commencer à écrire.
L’être fait
partie de l’expérience. L’être est révélé par l’expérience. L’expérience est
proprement celle de ce que j’appelle l’être, et de l’impossibilité d’en dire
quelque chose. L’expérience est premièrement celle de la révélation de
l’être : l’expérience, pour celui qui la fait, de la certitude absolue
qu’il y a de l’être ; et secondement : qu’on ne peut rien en dire, et
qu’il le faudrait, pourtant : qu’il le faut.
L’être ne se situe pas dans un
« arrière-monde ». Quand il se révèle il est là, et il peut être tout
ce qui est là. — L’expérience peut ne concerner qu’un petit morceau de mur
jaune, un bâton de craie qui se trouve tout à coup être dans
notre main, ou le croassement d’une corneille au début d’un après-midi... Et
elle peut embrasser tout ce qui nous entoure, elle est alors celle — frappante
— de l’harmonie, du merveilleux ajustement de tout ; chaque élément de ce
qui nous entoure se présente alors dans son être, mais la totalité de ce qui
est là, comme totalité, se présente aussi dans son être, où
tous les « contraires », toutes les dissonances s’accordent.
L’être n’est jamais perçu, ressenti (il s’agit bien
d’une sensation) que dans un moment de surprise, de déprise (ce peut être de
méprise, sans doute), de lâcher-prise. On ne prend la plupart du temps
conscience de lui qu’au moment où il va se dérober, se cacher dans sa
manifestation même, dans l’apparêtre même du monde, derrière l’étant.
Le poème, dans la lecture, peut donner l’expérience de
l’être : comme n’importe quel objet, au titre d’étant. Mais ce
n’est pas le poème qu’on écrit ! Le poème qu’on écrit ne peut être
premier, je ne crois pas que le poème, aux yeux de celui qui l’écrit, ne puisse
jamais donner « la forme qui révèle l’être de l’étant ». Le poème
qu’on écrit est toujours second par rapport à l’expérience radicale, et le
poète ne peut jamais être sûr que son poème a saisi et rendu quelque chose de
cette expérience.
Marcel Gillis est un artiste peintre, chansonnier et poète belge. Il est
une des personnalités belges les plus marquantes du folklores wallon-picard de
la ville de Mons.
6 juillet, Alger
Il est 00h05 à
Alger et il fait tellement chaud qu'on dirait que je pourrais faire cuire un
oeuf si je le cassais au sol. La météo dit qu'il ne fait que 27 degrés mais je
ne la crois pas. Je ne me plains pas, j'aime beaucoup cette ambiance de sauna
en plein air mais tout de même, le fait de respirer fait transpirer ici. Je pense aux
incendies, aux bombes et aux fusillades, je pense à la panique des tremblements
de terre et autres catastrophes, j'ai vécu tout ça et quand j'y pense ça me
fait un peu relativiser ma situation actuelle. Je vous avoue qu'elle n'est pas
terrible cette situation actuelle, et que ça n'aide pas tant que ça non plus de
relativiser. Le plus terrible a été de perdre le contrôle de ma conscience, le
plus terrible est la constante menace que ça recommence même si à chaque fois
que ça recommence j'apprends un peu mieux à l'apprivoiser. J'ai vu une vidéo
aujourd'hui qui se basait sur un concept de Jung " Tout ce à quoi l'on
résiste persiste et tout ce que l'on embrasse s'efface. - Tout ce que nous
n'aurons pas ramené à notre conscience surgira dans notre existence comme le
destin ou la fatalité" je ne suis pas sûre de comprendre si en embrassant
ma folie j'y résiste, elle persiste ou elle s'efface. Ma mère me dit "pour
moi tu n'es pas une vraie schizophrène", les gens me disent "tu
parles trop de ta folie", "les gens n'ont pas
besoin de savoir", est-ce eux qui résistent ou est-ce moi ? Comment
embrasser la folie sans y résister ? Je ne sais pas. Ce que je sais c'est que
je ne peux pas vivre à Alger, je suis trop occidentalisée, trop folle, trop
originale et certainement trop libre. Je ne peux pas
vivre en occident, je suis trop africaine. Je ne suis pas la seule dans ce cas
"ni de chez moi ni de chez vous" disent pnl, je les cite souvent
tellement je me sens moins seule quand j'écoute cette chanson, mais embrasser
l'une ou l'autre option selon où me guidera mon destin sera la solution. Jung
ne croyait peut-être pas au
destin, où pensait pouvoir l'éviter par la conscience. Moi, je crois comme les
musulmans et Spinoza (eh oui) que tout est écrit, les dés sont jetés mes amis.
Je fais ce que je peux de toute façon.
J'ai envie de
partir d'Alger, encore, comme à chaque fois que j'y viens, et j'aurai envie d'y
revenir une fois que je serai de l'autre côté, encore comme à chaque fois que
j'y vais. C'est une double absence qui rend fou. A l'hôpital psychiatrique de
Philadelphie il y avait une majorité de noirs, des hommes essentiellement. Même
à Édimbourg où les noirs sont une minorité extrême ils étaient surreprésentés
proportionnellement à la population locale. Tout le monde est fou me dit-on et
j'acquiesce gentiment maintenant. Mais non, vous n'êtes pas fous les gens,
vous êtes juste inconscients. Ou ignorants, vous pouvez choisir votre camp.
Je n'arrive pas
à dormir, une longue journée de traversée de frontières et de mers m'attend
demain, je serai à Paris en plein JO. Je déteste ce concept idiot de jeux,
d'humains-machines sacrifiés et entraînés toute leur vie pour amuser des foules
passives et ébahies. Bien sûr on s'en sert pour faire de la politique, mais je
préfère les mots pour faire de la politique, les mots et les idées. Pas des
drapeaux ensanglantés. Je
n’aime pas les drapeaux, je n’aime pas le circuler, autodéterminés et souverains. Je
n’aime pas les frontières, Je n’aime pas les nations, je préfère les peuples
libres de circuler mais ça n'existe pas encore ce concept. Même si ça y prétend
naïvement.
Plusieurs
athlètes des JO ont des comptes onlyfan pour subvenir à leurs besoins, parce
que ça ne paye pas tant que ça d'être une machine entraînée. Ça ne paye pas non
plus d'être artiste, mais comme dit warend les gens comme nous sont payés par
bien plus que des billets.
Je dis souvent que je déteste l'argent, et c'est une réalité qui vient
certainement de mon vécu algérien socialiste mais aussi de ma maladie, j'aime à
croire que c'est mon côté visionnaire aussi de comprendre que l'argent est le
nerf du mal. Ça choque mon entourage, comme si ne pas aimer l'argent
me dispensait de facto d'en avoir. Ben non, avoir besoin d'argent ne veut pas
dire aimer l'argent, ça veut juste dire que je vis dans le monde réel. Et bien
sûr que dès que je suis en épisode je me sens en mesure de vivre sans argent,
je me détache du monde réel et ça a quelque chose de tellement libérateur.
C'est pour ça que nous les fous quand on décide de vivre sans vous on vit aussi
sans argent. Un jour c'est peut-être ça qui m'arrivera et je ne sais même pas si
j'en serai plus malheureuse ou plus heureuse.
Pendant tout mon séjour à Alger mon corps m'a
dit non, d'abord en ayant mes règles pendant des semaines, puis par l'irruption
de plaques s rouges qui démangent a des endroits de mon corps étranges.
L'inconscient qui surgit dans le destin de mon corps. J'ai envie de tout
envoyer balader, il paraît que j'en ai la légitimité médicale. Mais ce n’est pas vrai,
j'ai une enfant et des responsabilités, alors je ferai ce que j'ai à faire
comme toujours. Et je
ne suis certainement pas à plaindre. Ma mère en voyant cette photo prise
l'année dernière quand j'étais sous antipsychotiques m'a dit "Je ne te trouve pas belle dessus,
t'es grosse et on ne
dirait pas toi". Mais qui
connait ce "moi" que tu prétends ne pas reconnaître maman ? Personne,
à part moi. Bien sûr que c'est moi.
En dehors de ma famille, en dehors de mon pays, en dehors de mes amis, en dehors de mes études, en dehors de mes emplois, en dehors de mes groupes d'activistes, en dehors de mes amants, en dehors de la société - je suis même un étranger dans la folie. Et pour couronner le tout, j'étais un étranger dans les hôpitaux psychiatriques que j'ai visités. Même ici sur Facebook, je suis un étranger dans la façon dont je l'utilise. Je suis un étranger à ce monde, c'est pourquoi, quand je suis perdu dans mes délires, je me sens comme un extraterrestre. La plupart des schizophrènes ressentent ou parlent avec des extraterrestres ; c'est compliqué pour eux parce qu'ils sont surtout paranoïaques et méfiants, les voyant comme des ennemisDans mes délires, les extraterrestres sont mes amis - plus que ça, ils me persuadent que je suis l'un d'entre eux. Et dans mes délires, tout a du sens : c'est pourquoi je suis si différent, c'est pourquoi je suis si incompris, je suis un extraterrestre. Je suis venu dans ce monde pour faire une différence, montrer à l'humanité une autre vision, une autre acceptation, une autre tolérance, une autre colère et une autre conception de la justice, de la vérité et de l'amour. Je suis anormalement amoureux des humains, et je suis aussi anormalement détaché des humains, anormalement pardonnant, anormalement humain. Dans mes délires, je suis un surhumain ; dans ma lucidité, je suis juste trop différent pour rester lucide. Bien sûr, nous sommes tous uniques et différents, mais s'il vous plaît, soyez honnête : je suis anormalement tout. Je suis un étranger.·